Alors cette crise, va-t-elle survenir ?

Dans ma vie de chef d’entreprise, j’ai déjà connu trois crises : celle du début des années 90, celle du début des années 2000 et enfin celle de 2008-2009, donc vous imaginez si je suis prêt pour la quatrième !

Mais, curieusement, on a l’impression que tous les 8 à 10 ans, l’ensemble des médias, des pouvoirs publics semble surpris de voir une nouvelle crise surgir alors que comme nous le verrons dans la suite de cet article, c’est non seulement cyclique mais c’est surtout consubstantiel à notre économie.

Je vais traiter le thème de la crise en deux articles ; le premier article va tenter de comprendre les crises, le second va donner des armes aux dirigeants de PME et de TPE pour mieux les affronter.

Dans ce premier article, nous allons tout d’abord voir pourquoi il y a des crises. Puis, nous rappellerons les crises des trente dernières années et leur impact. Enfin, nous étudierons les divers signes avant-coureurs qui peuvent permettre d’anticiper l’arrivée d’une crise.

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C’est quoi une crise économique ?

C’est une dégradation rapide et forte de la situation économique et des perspectives économiques.

Son étendue peut être limitée (par exemple un seul secteur dans une seule région et ce pendant 1 ou 2 ans) ou généralisée à l’ensemble de l’économie mondiale et ce durant plusieurs années ; on parle alors de ralentissement économique voire, dans les cas les plus extrêmes, de récession économique.

Pourquoi y a-t-il des crises ?

La raison fondamentale des crises est l’existence de cycles économiques qui font que l’économie passe par une succession de phases toujours identiques et ce avec une certaine régularité.

Structure d’un cycle économique

On peut identifier quatre phases à un cycle économique

Phase de reprise

L’économie étant plongée en récession, tous les moyens sont bons pour en sortir. Les états investissent massivement pour retrouver de la croissance et redonner de la confiance, ou en appliquant une politique d’austérité pour réduire les dépenses. Les banques centrales baissent les taux d’intérêt de façon massive pour inciter les acteurs à s’endetter et à investir Cela peut aussi être une période d’innovation technologique qui va contribuer à améliorer les choses. Peu a peu la croissance revient et avec la croissance, la confiance.

Phase d’expansion

Tout va bien, c’est la phase de prospérité. On observe une hausse de la production, des salaires, des bénéfices des entreprises et plus globalement de la consommation. L’investissement privé est élevé car les acteurs économiques veulent accroître leurs capacités de production pour répondre à une demande qui va croissant.

Phase de surchauffe

Pendant la phase l’expansion, l’inflation apparaît car il y a de plus en plus de monnaie en circulation (hausse des salaires, taux d’intérêts bas au début de la phase d’expansion). Les prix augmentent fortement ce qui conduit à une baisse de la consommation et donc des investissements. Les industriels ayant des stocks, réduisent peu à peu leur production et baissent les prix pour écouler leurs stocks.

Phase de récession

La surchauffe a abouti à des licenciements massifs ce qui a un impact sur la consommation. Les salaires sont gelés et le mécontentement des ménages va grandissant. Les acteurs économiques les plus fragiles disparaissent et en conséquence une certaine méfiance s’instaure entre les acteurs. Sur le marché interbancaire par exemple, les banques n’osent plus se prêter entre elles. Les ménages consomment peu, en anticipation d’une crise économique. La consommation se réduisant, les entreprises continuent d’adapter leur niveau de production à cette consommation en baisse. Ces divers éléments s’auto-entretiennent et la récession s’accélère.

Les divers types de cycles

Pour faire simple, il existe deux types de cycle, les courts dont le plus connu est celui de Clément JUGLAR et qui dure de l’ordre de 10 ans et les longs dont le cycle de KONDRATIEV de 50 ans.

Cycle court de JUGLAR

Il explique l’évolution de la conjoncture s’explique par l’évolution de l’investissement. En phase d’expansion, les investissements sont forts du fait de taux d’intérêts encore faibles. La période de surchauffe correspond a une période de surinvestissement. Puis, peu a peu, avec l’élévation des taux d’intérêts (pour freiner l’inflation), la demande de crédit diminue peu à peu et l’investissement devient moins important. La phase de récession commence alors.

Cycle long de KONDRATIEV

Pour cet économiste, la phase d’expansion ne peut naître que d’une innovation majeure qui révolutionne notre environnement et d’où vont émerger des innovations secondaires. Ces innovations vont générer de la croissance par la création de nouveaux marchés et les investissements massifs indispensables. Et quand le marché va atteindre une phase de saturation, on va entrer progressivement dans la récession.

Voici les innovations majeures qui sont intervenus depuis 2 siècles : la machine à vapeur, le train avec les voies ferrées, l’automobile, l’électricité, l’aviation, l’électronique, l’informatique.

Les crises récentes et leur impact

La crise du début des années 90

La France et l’Europe en général entre en récession avec un retard par rapport aux anglo-saxons qui y étaient déjà en 1988.

Début 90, l’activité ralentit, puis se détériore fortement lors de la guerre du golfe qui amplifie la tendance. Cela semble se calmer en 91 mais en 92 avec la baisse de la demande extérieure des allemands et les problèmes au sein du système monétaire européen, la récession arrive en France. L’activité de l’industrie et du bâtiment diminue de respectivement 4 et 5% en 1993. L’immobilier qui avait connu une poussée spéculatrice, surtout en région parisienne, se retourne. J’ai le souvenir de biens qui ont perdu 30% de leur valeur en moins d’un an à Paris.

Il y a une explosion des défaillances d’entreprises. Par exemple, nombre de sociétés de services aux entreprises, tels que conseil, recrutement, communication ont mis la clé sous la porte.

Et n’oublions pas les mésaventures du Crédit Lyonnais qui se sépare de ses créances douteuses dans une structure de défaisance qui était en partie garantie par l’état.

Crise du début des années 2000

Cela a commencé par l’explosion de la bulle Internet (les dotcoms) à partir de mars 2000. Le NASDAQ baisse jusqu’en 2002 , les US entrent en récession pendant les 2ème et 3ème trimestre 2001.

En France, même si de manière moins violente que la précédente et que la suivante, cette crise n’en a pas moins affecté durablement l’économie française avec le chômage qui commence sa remontée à partir de la fin 2001 et surtout en 2003, le début de la descente aux enfers de notre industrie.

A titre d’anecdote, je me souviens que mon premier client qui représentait une part importante du CA de mon entreprise, n’a pas passé une seule commande pendant les 9 premiers mois de 2003 ! Croyez-moi, ça interpelle et on passe des nuits agitées.

La crise financière de 2008-2009

Cette crise a commencé par une crise financière en deux phases : la phase « subprimes » en 2007, suivie d’une crise bancaire et du monde de l’assurance. Très vite, les bourses plongent. Certains établissements sont sauvés par les états, tels que AIG ou Freddie Mac et Fannie Mae aux Etats-Unis, d’autres font faillite (Lehman Brothers) ou sont rachetés.

La plupart des pays entrent en récession, les US fin 2017, d’autres pays européens en 2008 et la France en 2009. Seuls s’en sortent Chine, Russie et Inde… les grands de demain ?

Quelques faits marquant 10 ans plus tard…

  • mi 2008, le nombre de chômeurs en France était de 2 millions,
  • depuis 2008, le PIB total par habitant (euros constants) a baissé en France
  • depuis 2008, le PIB marchand (euros constants) (hors administrations publiques) a baissée

Cela prouve qu’on s’en est sorti ! (je plaisante bien sûr)

Et tout ça malgré des injections massives de liquidités dans l’économie européenne et des taux d’intérêt ridiculement bas. Plus grave, la prochaine crise va nous cueillir en situation de faiblesse.

Est-il possible de les anticiper ?

Nous avons vu que les crises sont cycliques et il n’y a aucune raison pour que ce cycle s’arrête, donc une arrive c’est certain, mais quand ?

Les germes de la prochaine

Lorsque la crise des subprimes est apparue aux États-Unis en 2007, la FED (banque centrale US) a rapidement réagi, certainement en souvenir de la crise de 1929. A l’époque, la FED n’avait pas réagi ce qui avait entraîné un effondrement des institutions financières et la crise que l’on sait.

Après un abaissement des taux directeurs à zéro, la FED a fait tourner la planche à billets verts en injectant, entre 2008 et 2014, 2435 milliards de dollars dans le système bancaire, soit autant que le PIB de la France.

Enfin, pour ne pas être en reste, la BCE (Banque Centrale Européenne) a pris le relais avec la baisse des taux d’intérêt et avec son programme d’achat d’actifs, entre 2015 et la fin 2018, et a injecté 2550 milliards d’euros dans le système bancaire de la zone euro.

Soit en cumulant les deux zones, 5.000 milliards de dollars !

Une manœuvre qui a permis d’abaisser fortement les taux d’emprunt, mais a également fait grimper les prix de l’immobilier en France et ailleurs

Les responsables des banques centrales pensaient que les banques allaient prêter cette manne aux professionnels et aux particuliers, relançant ainsi l’économie. Mais les consommateurs n’ont pas retrouvé leur confiance d’avant crise, malgré des taux des crédits à la consommation au plus bas depuis des années.

Un indicateur aveuglant – les bulles

Quoique l’idée des banques centrales partait d’une bonne intention…

  • les banques ont profité de cet argent pas cher pour investir sur les marchés financiers, créant ainsi un effet de bulle,
  • les grandes entreprises ont emprunté pour racheter leurs propres actions et donc en augmenter le cours (pour le plus grand bonheur des dirigeants payés en stock-options !)
  • les particuliers se sont rués sur cet argent pas cher et les prix de l’immobilier ont explosé dans de nombreuses grandes villes (Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille…).

Attardons-nous sur la bourse. Au-delà du PER (Price Earning Ratio) ou rapport entre la valeur boursière d’une entreprise et son bénéfice net, il existe l’indice CAPE (Cyclically Adjusted Price to Earnings), calculé en divisant la valeur boursière par la moyenne des bénéfices annuels sur 10 ans.

Le 1er août 1929, deux mois avant le célèbre krach, l’indice CAPE se situait à 31. La valeur moyenne de l’indice CAPE est de 17, lorsqu’il se situe à ce niveau c’est un signe de beau temps économique. Et en octobre 2018 il était d’environ 29 soit proche de sa valeur lors de la crise de 1929.

Les investisseurs se sont fait peur et l’indice S&P 500 (les 500 plus grosses capitalisations des bourses de New York) est passé de 2930 et 2350 en décembre 2018, mais la bourse a repris sa course folle depuis janvier 2019. En cette mi-avril, l’indice S&P500 a retrouvé son niveau d’octobre à plus de 2900 points.

Curieusement, l’indice du secteur financier n’a lui pas récupéré son pic de fin 2017. Un krach boursier mettrait en danger certaines banques systémiques tel Deutsche Bank qui ne résisteraient pas à une nouvelle crise, sauf si les gouvernements les renflouaient à nouveau avec l’argent des contribuables.

Un indicateur avancé

Alors, si maintenant vous êtes convaincu qu’une crise va arriver, il peut être intéressant de se demander « quand va-t-elle arriver ? ». Nombre d’économistes ont étudié de multiples indicateurs de prévision, indicateurs plus ou moins solides

Je souhaiterais m’attarder sur un en particulier, l’inversion des taux directeurs.

A cette fin, le principe est de comparer le taux US de la dette à long terme (10 ans) avec celui de la dette à très court terme, à trois mois.

D’une façon générale (climat économique normal), le taux à 10 ans est bien entendu plus élevé que celui à court terme mais quand une inversion se produit, elle est généralement annonciatrice d’une récession dans les 12 à 18 mois.

Comme le montre ce graphe de la Federal Reserve de Saint Louis, chaque fois qu’une crise est survenue, elle a été précédée par une inversion de taux 12 à 18 mois plus tôt.

Pour conclure : comme vous le voyez sur le graphe, début 2019, l’inversion s’est produite; une crise est donc susceptible de survenir entre fin 2019 et mi 2020 !

Attention, cet indicateur n’est pas infaillible mais il serait imprudent de le négliger.

Ce premier article sur les crises est terminé; j’espère qu’il vous a été utile…

à venir « Comment une PME/TPE doit-elle se préparer pour affronter une crise ? »

Catégories : Points de Vue

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