Créer et développer une entreprise demande une motivation et une énergie de tous les instants. De plus les compétences à maitriser sont multiples et se trouvent rarement réunies chez une seule personne. Il est donc tentant de s’associer.
Nous allons voir quels en sont les avantages, les inconvénients, avec qui s’associer, comment partir sur de bonnes bases, et quoi faire pour anticiper les conflits qui vont survenir !

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Pour commencer, les avantages

1 – Les avantages psychologiques

L’entrepreneur isolé va connaître des périodes de doutes ou tout simplement des moments où l’énergie va lui manquer. Avoir un ou plusieurs associés va aider à résoudre ce problème car il est rare que l’ensemble des associés aient un coup de barre ou ressentent de la démotivation au même moment.

Ensuite, le deuxième avantage, et pas seulement psychologique celui-là, est le fait de partager la responsabilité et ce à tous les niveaux, risque financier, prise de décisions, interventions sur tous les domaines de l’entreprise (commercial, technique, ressources humaines, administratif). C’est particulièrement vrai pour la dimension RH qui est celle qui demande le plus d’énergie au chef d’entreprise !

2 – Élargir la palette de compétences

Au début, vous n’allez pas pouvoir, sauf cas spécifique, recruter le directeur commercial, le directeur technique, le DAF, le responsable marketing et communication dont vous aurez besoin. A cela, deux raisons : un, vous n’en avez pas les moyens et deux, les bons profils expérimentés ne seront pas intéressés (sauf exception) par vous rejoindre… syndrome de la petite société, en démarrage !

Alors autant s’associer avec quelqu’un qui va vous apporter certaines des compétences qui vous manquent.

3 – Gagner du temps

Si un des associés se concentre sur la recherche de clients et a l’esprit libre sur les autres dimensions, cela va avoir un effet booster ; car il saura que la boutique est gérée, que la production va suivre et cela n’a pas de prix. A contrario, il est très difficile de chasser le client si en revenant dans l’entreprise, vous êtes assailli par tous les problèmes du quotidien !

N’oublions pas les inconvénients

1 – Avoir des zones de recouvrement trop nombreuses

Vos profils, vos compétences sont trop similaires, imaginons par exemple que vous êtes deux « techniciens » vous allez vous marcher sur les pieds, vous parasiter et en plus mal couvrir les autres domaines de l’entreprise.

2 – Avoir des visions trop divergentes

Si chacun a une vision trop divergente sur la stratégie et son déploiement, il y a risque de procrastination, voire de blocage. On n’arrive pas à décider et dans une entreprise, ne pas décider c’est rarement bon !

Cela aura un effet négatif sur les collaborateurs qui seront tentés de prendre parti pour l’un ou pour l’autre en fonction de leurs propres sensibilités.

3 – Le risque de conflit entre associés

Des conflits peuvent survenir. Les cas sont nombreux, un des associés est trop dispendieux, un associé tombe malade pendant plusieurs mois et la charge retombe sur le ou les présents, un des associés est multi-projet et lance une autre entreprise en parallèle, etc. Si ce type de conflit n’est pas traité rapidement, il y a péril pour l’entreprise.

Avec qui s’associer ?

Généralement on s’associe avec un collègue ou un ancien collègue, un ami, un membre de sa famille, une personne avec qui on a travaillé sur un projet dans une formation à l’entrepreneuriat par exemple.

Pour limiter les erreurs, il est possible de dégager quelques règles.

  • identifiez précisément les motivations et les objectifs des associés potentiels. Pour ce faire, vous devez vous réunir et vous poser un ensemble de questions telles que « pourquoi je veux entreprendre », « puis-je me permettre de ne pas me payer pendant X mois ? », « quelle est ma sensibilité au stress ? », etc. Cliquez sur ce lien pour accéder à une checklist que vous pourrez télécharger.
  • recherchez une complémentarité entre les personnalités, les tempéraments ; un fonceur avec un prudent, un profil plutôt analytique avec un profil plus holistique
  • recherchez une complémentarité entre les compétences, par exemple associer un profil technique avec un profil commercial ou un profil marketing/management. C ‘sst pourquoi il ne généralement pas s’associer avec quelqu’un qui a fait partie de la même promo ou qui a fait le même type d’études que vous
  • Si vous le pouvez, évitez de vous associer avec un membre de votre famille. Ce serait dommage de mettre en péril une relation familiale pour des raisons professionnelles avec un risque supplémentaire, celui de voir la famille se scinder en prenant partie pour l’un ou pour l’autre en cas de conflit !

Comment partir sur de bonnes bases

Bien répartir les parts de capital

La répartition des parts/actions au démarrage est importante. Il est préférable d’éviter les associations à 50/50 si on est deux ou à 25/25/25/25 si on est quatre. En cas de problèmes, ces répartitions sont plus difficiles à gérer.

Deux solutions possibles

1 – donner une majorité à l’un des créateurs

2 – faire entrer des tierces personnes qui seront en mesure d’arbitrer les désaccords.

Je recommande vivement cette dernière option… Plus précisément, choisissez deux personnes qui détiendront quelques parts et préférez, si vous le pouvez, des personnes qui sont déjà des chefs d’entreprise. Nous en reparlerons plus loin avec le « conseil de pairs ».

Choisir la bonne forme juridique

Les choix sont multiples SARL, SAS, SA… mais il ne faut pas choisir à la légère.

La forme de la SARL est souvent privilégiée quand on entreprend à plusieurs. Mais généralement les statuts ne renferment pas de clause de sortie, il faut donc en ajouter une.

La SAS a l’avantage d’être façonnée sur mesure par les associés (dividendes, sortie, rémunération…) et son formalisme reste léger.

Autre avantage, elle est plus crédible auprès des investisseurs. SI vous envisagez de lever des fonds, c’est la formule que vous devrez privilégier. Bien évidemment, vous pourrer toujours changer de forme juridique mais cela a un coût et fait perdre du temps.

Mettre en place un « conseil de pairs»

Si vous avez fait entrer des personnes extérieures dans le capital, constituez avec elles un « conseil de sages » mais notez qu’il n’est pas indispensable que les membres de ce conseil soient au capital même si c’est un plus.

Moins les créateurs auront d’expérience et plus ce type de conseil sera d’une réelle utilité.

Il permettra d’une part d’apaiser et de résoudre des conflits entre les associés (et il y en aura), de dédramatiser des situations difficiles d’autre part et enfin d’apporter du recul lors des décisions stratégiques.

Anticipez les conflits

A cette fin, rédigez un pacte d’associés !

Pourquoi ?

Tout d’abord, cela permet de se poser les bonnes questions AVANT et pas de se retrouver devant une situation inextricable lorsque survient un problème ET cela fait sérieux si vous êtes amenés à chercher plus tard des investisseurs

Un pacte d’associés, c’est quoi ?

Au-delà et en complément des statuts, c’est un acte confidentiel qui n’est connu que des signataires et bien évidemment de l’avocat qui l’a préparé et chez qui il a été signé.

Sa structure

En fait dans un pacte, on trouve des clauses de divers types

  • les clauses portant sur le capital social : ils permettent d’encadrer la constitution du capital en prévoyant qu’un associé ne puisse pas franchir un seuil de détention de capital ou qu’un associé qui souhaite céder ses parts/actions doive les proposer en priorité aux autres associés. Dans un pacte il faut aussi prévoir le pire en indiquant que les parts/actions doivent obligatoirement être proposées à la vente par l’héritier aux autres associés, en cas de décès.
  • les clauses sur les droits de vote et conventions de vote qui imposent aux actionnaires de mieux se concerter avant toute assemblée générale.
  • les clauses sur les conditions de participation à la société. Ils permettent alors de soumettre la prise de décision à des conditions plus restrictives, telle une meilleure information des actionnaires, l’établissement d’un accord préalable concerté avant toutes prises de décision
  • les clauses relatives à la procédure à mettre en œuvre en cas de conflit, à la limitation du pouvoir, etc

Le pacte d’associés justifierait un article à lui tout seul

En conclusion, ne traitez pas le thème de l’association à la légère, prenez le temps avant, après c’est douloureux et ça peut coûter très cher !


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