Avec cet article, nous démarrons un cycle consacré à l’internationalisation des PME (et des TPE).

Nous allons voir en quoi la maîtrise d’une ou plusieurs langues étrangères est un enjeu majeur, et ce quel que soit l’angle d’attaque que le dirigeant souhaite prendre pour internationaliser son entreprise.

Nous expliquerons ensuite quel rôle doit jouer le dirigeant pour la mise en pratique des langues étrangères dans son entreprise.

Les dirigeants français ont de réelles lacunes en langues

Ce n’est pas un secret : pour les langues étrangères, le niveau des Français est globalement en retrait. Les chefs d’entreprise n’échappent hélas pas à cette règle.

Indice révélateur, l’étude EF-EPI menée par l’organisme Education First chaque année, est centrée sur les compétences en anglais des différents ressortissants. Il en ressort qu’en 2018, les Français arrivent au 35e rang mondial ; à titre de comparaison, les Roumains (16e position) et les Grecs (23e position) sont bien mieux placés.

La Commission Européenne propose aussi un outil, SurveyLang, de comparaison sur les compétences des français en langues étrangères mais il date de 2011 et ne concerne que l’enseignement, donc les publics scolaires. Dans cette étude, on découvre toutefois que les français se situent en queue de peloton, avec les autres pays « latins » voisins, tandis que hollandais et scandinaves arrivaient sans surprise en tête.

Les raisons de cette défaillance des Français pour les langues étrangères sont multiples. Cela commence bien évidemment à l’école mais signalons que dans les budgets formation des entreprises françaises, seulement 10% est consacré aux langues !

Même si les anglicismes ont la part belle dans nombre de milieux professionnels, cela ne veut pas nécessairement dire que les staffs des entreprises ont un « bon niveau d’anglais ».

Par ailleurs, même si l’anglais demeure la langue internationale des affaires, les dirigeants qui travaillent dans des pays non anglophones réalisent assez vite que cela n’est pas pleinement suffisant et que la maîtrise d’une ou plusieurs autres langues peut s’avérer décisive, notamment en Europe, où co-existent pas moins de 24 langues.

Mais le problème « génétique » des français avec les langues étrangères, ce n’est pas une fatalité, et nous verrons que quelques pratiques efficaces et quelques bonnes habitudes permettront au dirigeant de pallier cette lacune.

Ne pas sous-estimer l’importance des langues étrangères

Même si le chef d’entreprise n’entend pas nécessairement conquérir un ou plusieurs marchés étrangers, il peut tout simplement être amené à innover, à chercher de nouveaux fournisseurs ou bien à mener une veille concurrentielle pour trouver de l’inspiration sur les marchés extérieurs et s’imprégner au mieux du marché qui le concerne. Pour ce faire, il aurait tort de se limiter au seul marché national ! Non pas que les meilleures idées viennent d’ailleurs, mais tout simplement parce que cela peut être très porteur que d’élargir le champ d’observation, « l’état de l’art » (observer la concurrence, songer à des partenariats, recruter de nouveaux fournisseurs …).

Aussi, la pratique des langues étrangères apportera à coup sûr un bénéfice direct ou indirect à l’image de l’entreprise quel que soit son domaine et sa volonté ou non d’exporter. Imaginons un seul instant le cas d’un chef d’entreprise français participant à un salon professionnel. Même si l’événement se déroule en France, avec un visitorat essentiellement français, il suffirait qu’un visiteur étranger s’intéresse à l’offre de cette TPE/PME : quelle serait sa réaction si l’échange n’était pas possible pour une raison linguistique (la fameuse « barrière de la langue ») ? Cet interlocuteur serait automatiquement dissuadé. Le contact serait stérile ou tout simplement pas possible. Résultat : une opportunité perdue !

Pour mener ce travail d’élargissement, le chef d’entreprise va nécessairement se servir d’une ou plusieurs langues étrangères, ne serait-ce qu’à titre consultatif ou informatif. En effet, pour entrer en contact avec un ou plusieurs interlocuteurs étrangers, pour détecter les opportunités d’un secteur, …. si le chef d’entreprise ne maîtrise pas ou trop peu la langue d’échange, il perdra du temps ou de l’efficacité dans les échanges s’il décide d’introduire un intermédiaire (assistant, interprète …).

Le dirigeant a donc tout intérêt à « avoir suffisamment la main » sur la langue s’il veut rester l’élément central dans les actions stratégiques pour son entreprise (export, réseau, diversification …).

Le chef d’entreprise doit être le premier ambassadeur linguistique de son entreprise

Puisqu’il est le premier porteur de la stratégie de l’entreprise, il n’a alors pas intérêt à miser seulement sur le savoir d’un ou plusieurs collaborateurs pour communiquer dans une langue étrangère.

Il va de soi que savoir communiquer est un atout que tout chef d’entreprise se doit de maîtriser. S’il est primordial de s’exprimer de manière compréhensible en premier lieu en français, il est tout aussi utile qu’un chef d’entreprise ait le comportement verbal et non-verbal adéquat également dans une langue étrangère. Cela passera bien entendu par un apprentissage ou réapprentissage.

Aussi, si le dirigeant prend pour son entreprise des décisions qui induiront l’utilisation d’une ou plusieurs langues étrangères (de la simple recherche d’information à la prospection sur des marchés étrangers et même jusqu’à l’ouverture d’une filiale), il est opportun qu’il instaure lui-même et en tout premier lieu « l’état d’esprit linguistique » dans ses équipes. En d’autres termes, plus le chef d’entreprise se montrera exemplaire dans l’aisance qu’il a en langues étrangères, plus l’audace de ses équipes (commerciale, production, administrative, …) sera marquée, plus les résultats seront au rendez-vous.

En définitive, au-delà d’offrir l’avantage d’une plus large ouverture d’esprit liée à la connaissance des autres cultures, le spectre des langues étrangères ouvre clairement la porte aux opportunités hors-marché intérieur, aussi bien dans le sens « sortant » (prospection, ouverture de marchés, réponse à un appel d’offre européen …) que dans le sens « entrant » (visite spontanée d’un potentiel client ou partenaire, référencement d’un fournisseur étranger …). L’efficacité sera d’autant meilleure vis-à-vis de l’extérieur (clients, fournisseurs, partenaires, concurrents …) que le chef d’entreprise joue lui-même le jeu (langues).

Comment le chef d’entreprise doit-il s’y prendre ?

Quelques étapes incontournables

  • Identifier la langue ou les langues dont il aura la nécessité d’avoir la maîtrise, pas nécessairement et exclusivement l’anglais.
  • Établir un état des lieux, son propre « bilan de compétences » et donc savoir quel niveau il sera nécessaire d’obtenir. De nombreux professionnels l’y aideront.
  • Définir une charte d’utilisation des langues pour son entreprise : quels vecteurs de communication en langues étrangères ? à quelle hauteur les langues étrangères peuvent s’insérer dans les pratiques ?

Avoir une « hygiène » quotidienne et personnelle

  • c’est en forgeant qu’on devient forgeron,
  • le dirigeant qui souhaite conduire son entreprise vers une adoption des langues étrangères devra lui-même s’en donner les moyens. En parallèle d’un apprentissage via des cours particuliers pour lesquels il pourra opter, le chef d’entreprise pourra tout simplement faire des langues « un état d’esprit » et non pas une corvée :
  • pourquoi ne pas écouter quotidiennement des podcasts d’émissions radiophoniques en langue locale ?
  • exercer son oreille au moyen de contenus « institutionnels » (experts économiques, discours politiques, intervenants professionnels…) pour avoir accès à un langage soutenu et standard.
  • lors de toute recherche d’informations sur un sujet donné (marché, concurrence, actualité …), inclure automatiquement des sources étrangères, pour se familiariser avec la terminologie sectorielle et identifier les acteurs.
  • dans les transports ou à domicile, pourquoi ne pas troquer un flash info national contre une émission d’actualité en espagnol, en anglais, en allemand … ?
  • au cinéma ou à la télévision, bannissez les versions franco-françaises et visionnez le plus possible les contenus et les films en version originale.

Dans les prochains articles de ce cycle « Penser International », nous verrons comment :

  • Optimiser la stratégie de gestion linguistique en impliquant ses équipes.
  • Préparer le mieux possible l’entreprise à ses démarches d’internationalisation
  • Rendre plus efficace les pratiques de l’entreprise quand elle est dans les actions à l’international.

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